L'espace, comme le temps, fait bien évidemment partie du cadre rééducatif.

Dans son livre "la rééducation à l'école", Jean Claude Barat nous dit que la pensée s'organise selon deux axes: l'axe des concepts et l'axe des chaînes symboliques. 

Mais elle s'organise également selon les deux dimensions fondamentales et incontournables que sont "l'espace" et "le temps" dans lesquelles s'inscrit toute chose. Un marin sans latitude ni longitude serait un marin perdu. Un enfant sans repères spatiaux ni temporels l'est tout autant... 
Les enseignants connaissent bien les problèmes divers que rencontrent ces enfants qui n'ont pas su, ou pas pu, mettre en place ces structures fondamentales (schéma corporel, segmentation, topologie, structuration du temps, chronologie, relation d'ordre, relation d'équivalence....).


  En rééducation, la prise en compte de la dimension "espace" va de soi puisque cette dernière fait partie intégrante du cadre. Encore faut-il la rendre perceptible, concrète, palpable... à l'enfant en prenant soin de la matérialiser au sein même de la salle de rééducation.

Personnellement, j'ai aménagé ma salle de façon à ce que le temps de la rééducation et l'espace de la salle soit intimement liés. J'ai défini, en utilisant une toile adhésive jaune vif collée au sol, trois espaces bien distincts:
     * Le premier qui contient une table et des chaises est utilisé:
             - en début de séance:
c'est là que nous nous retrouvons, que nous parlons, que nous choisissons et élaborons ensemble ce que nous allons faire (jeu, écoute, jeu  dramatique, construction...)
             - et en fin de séance: c'est là que nous nous retrouvons après l'activité pour symboliser notre travail, que nous parlons sur les productions....

     * Le second est équipé d'un présentoir contenant des écrits divers (livres, dictionnaires, revues... ) qui marquent le contexte culturel dans lequel s'inscrit obligatoirement tout travail rééducatif, ainsi que d'une banquette confortable sur laquelle les enfants s'installent lorsqu'ils ont choisi de lire ou d'écouter un conte ou une musique...

    * Le troisième qui représente la plus grande partie de la salle constitue l'espace scénique. C'est là par exemple que sera joué le jeu dramatique, que sera joué le conte, ou même, que se déroulera l'activité de médiation. Une table, des chaises, un tapis, permettent de l'adapter à toute proposition....

L'espace est donc à la fois vécu, perçu et conçu. Il est souvent parlé et même parfois clairement représenté à travers les dessins....

On voit donc à quel point l'espace structuré, repéré, connu, stable, prévisible dans lequel l'enfant va évoluer tout au long de la séance offre à la fois une sécurité psychique par l'aspect contenant et rassurant qu'il représente et un terrain d'expériences motrices, exploratoires, créatrices...qui lui donnent fonction et sens.

« Se représenter un point dans l'espace c'est imaginer le mouvement qu'il faut faire pour l'atteindre »  Poincaré

La mise en relation constante entre les changements de coins d'une part et les indications données par la pendule d'autre part permet de lier concrètement et symboliquement l'espace et le temps.

« C'est un fait de pure expérience qu'il n'y a pas d'espace sans temps ni de temps sans espace. » Daisetz Téitaro Suzuki

Il est très fréquent qu'en cours de séance, ce soient les enfants eux-mêmes qui me fassent remarquer qu'il est l'heure de changer de coin (autrement dit de phase, de temps de travail), ou qu'au contraire il nous reste encore un peu de temps...Parfois même, les enfants évaluent grosso modo le temps qu'il reste pour organiser leur activité.... ce qui atteste d'une prise de conscience du temps qui passe, dans lequel s'inscrit l'action et dans lequel l'enfant tente de la (et de se) situer.....

Je dirais volontiers, en reprenant une formule de Dominique Lucas de Peslouan, que l'enfant perçoit le temps bien avant de  savoir l'heure, comme il lit bien avant de savoir lire et joue bien avant de savoir jouer.